Origine et histoire des Ruines de la chapelle
Les ruines de la chapelle romane de Champlieu, situées à Orrouy dans l’Oise, sont les vestiges d’une église paroissiale et priorale construite entre les XIe et XIIe siècles. Initialement dédiée à Notre-Dame-de-la-Nativité, elle remplaçait un édifice carolingien tout aussi imposant, voire plus grand. Son importance était liée à sa position sur la chaussée Brunehaut, un axe majeur confondu avec un chemin de Compostelle, et à son affiliation à l’abbaye bénédictine Saint-Crespin-le-Grand de Soissons. L’église, capable d’accueillir entre 620 et 640 fidèles, abritait aussi un prieuré et une dévotion mariale réputée pour les femmes enceintes et les enfants malades.
Au Moyen Âge, l’église passe sous la dépendance du prieuré Saint-Thibaut de Bazoches, puis des Bénédictins anglais de Paris au XVIIe siècle. Ces derniers relancent le culte marial après un incident en 1620, où une jeune fille aurait été sauvée miraculeusement. Cependant, l’édifice décline progressivement : le bas-côté nord est abandonné entre le XIVe et XVe siècle, réduisant sa capacité, et l’église est finalement fermée au culte en 1808 en raison de son état délabré. Un orage en 1814 achève sa destruction, ne laissant que des ruines classées monument historique en 1923.
Les fouilles archéologiques, menées entre 1862 et 1978, révèlent un vaste cimetière mérovingien, médiéval et moderne autour de l’église, ainsi que les fondations d’un chœur préroman du Xe siècle, doté d’une abside en hémicycle et d’un transept aux croisillons plus profonds. Ces découvertes suggèrent que Champlieu, site gallo-romain majeur, n’a jamais cessé d’être occupé depuis l’Antiquité. L’architecture de l’église mêle des éléments préromans (transept et chœur du Xe siècle), romans (voûtes en berceau du XIe siècle) et gothiques primitifs (nef du XIIe siècle avec arcades brisées).
Le transept, légèrement désaxé, et le chœur au chevet plat illustrent une transition entre les périodes carolingienne et romane. Les croisillons, plus bas que la croisée, rappellent le type « transept-bas » ottonien, tandis que la nef, non voûtée et éclairée par des baies hautes, suit un modèle régional du XIIe siècle. Les modifications ultérieures, comme la grande fenêtre gothique flamboyante du chevet (XVe–XVIe siècle), reflètent des adaptations liturgiques ou esthétiques. Malgré son déclin, l’église reste un lieu de culte jusqu’à la Révolution, desservi par des vicaires dépendant de la paroisse d’Orrouy.
La chapelle de Champlieu incarne ainsi une stratigraphie religieuse et sociale complexe : lieu de pèlerinage marial, église paroissiale et priorale, puis monument abandonné. Son histoire est marquée par des conflits, comme la tentative d’usurpation de la cure d’Orrouy par les Bénédictins anglais au XVIIe siècle, ou des périodes de négligence, comme l’abandon du bas-côté nord. Les registres paroissiaux, bien que lacunaires, attestent d’une communauté en déclin démographique dès le XVIIIe siècle, tandis que les fouilles soulignent l’ancienne importance du site, à la croisée des époques gallo-romaine, mérovingienne et médiévale.